Départ: 16.03.16 (Cliquez sur la photo pour voir itinéraire).

L’aventure

J’entreprends de traverser l’Islande du Nord Est au Sud Ouest en solitaire, non motorisé équipé de skis nordiques et d'une Pulka (sorte de luge), en autonomie complète (NB : sans ravitaillement ou aide supplémentaire mais équipé d’un GPS et d’une balise de secours).

Outre une aventure humaine et une confrontation avec la nature, cette traversée apour objectif de partager un combat et des valeurs avec des adolescents atteints de leucémie, en traitement à l'hôpital Saint-Louis, à Paris. 

Je m’appelle Allan Asle, j’ai 30 ans, je suis comédien à Paris. J’ai grandi dans les Alpes Suisse, dans un village d’altitude, à Villars sur Ollon. La forêt, la montagne, les champs, le contact avec la nature ont fait partie de mon éducation. J’ai appris à vivre avec, à l’écouter, à la sentir. Mes première leçons d’humilité, je les ai apprises entre les mains de cette nature, suspendu dans le vide, là où il n’y plus de place pour l’égo, mais pour seules la maîtrise de soi, la concentration et la conscience de n’être rien face à cette montagne, qui à tout moment peut me remettre à ma place. Cette nature je ne l’apprivoise pas, je crée avec elle une relation basée sur le respect et me forge mes propres valeurs.

A l’âge de 18 ans, je suis appelé à assumer mon devoir de citoyen Suisse et commence mon service militaire en tant qu’explorateur, section qui consiste à s’infiltrer en territoire ennemi et hostile pour transmettre à l’artillerie les positions ennemies. Espérance de vie en situation réelle : 15 minutes. J’y apprends toutes les techniques de bivouac, de survie, comment faire disparaître ses traces, faire un feu sans être repéré, se nourrir dans la nature avec ce qu’elle a à offrir, j’apprends à supporter la douleur ; quand il fait froid, se rappeler qu’il pourrait faire encore plus froid ; quand il pleut, qu’il pourrait neiger ; quand il neige, que je pourrais être blessé.

 

Ma préparation :

Une telle aventure se prépare des mois à l’avance. Il s’agit d’une préparation bien entendu physique, avec un entraînement intense et rigoureux, d’une préparation technique, et d’une préparation toute aussi importante visant à conditionner l’esprit et le moral.

·      Préparation physique :

Il va de soi que le corps doit être en mesure d’avoir la force nécessaire de tenir la distance. Un voyage de plusieurs jours, semaines ou mois nécessite un équipement qu’il va falloir transporter avec soi. En environnement polaire, le froid et les conditions météorologiques demandent un effort considérable, chaque geste doit être précis et coordonné, un corps faible et mal entraîne ne pourra pas supporter l’effort qui lui est demandé. C’est pourquoi il est indispensable de se forger une santé adéquate, mettre son corps à l’épreuve et s’en tenir à un programme rigoureux.

Je ne suis pas un surhomme doté de capacités physiques extraordinaires. Cependant, j’ai toujours pris soin de faire du sport ou de rester en forme. Bien qu’en bonne santé, les premières phases de l’entraînement pour ce genre d’expéditions ont été rudes et douloureuses.   

Pour ma préparation physique, je me suis entraîné en montagne, le dénivelé et la faible présence en oxygène m’ont permis de me construire un cardio solide. L’été en course à pieds, l’hiver en ski de randonnée à accumuler les kilomètres. L’exercice en salle de sport est également nécessaire pour consolider et assouplir musculature, tondons et ligaments.  Sur le terrain j’ai petit à petit accumulé des charges sur le dos. Il faut habituer ses muscles et articulations aux efforts que le corps n’a pas l’habitude de faire,  tel que tracter une Pulka (traineau) chargée avec tout le matériel nécessaire. Difficile de trouver une machine qui reproduirait exactement cet exercice, du coup rien de mieux que deux à trois pneus usagés attachés les uns aux autres et reliés à un Harnais : il ne reste plus qu’à les promener.

Cette préparation a réveillé des douleurs et en créera de nouvelles, l’essentiel est de savoir les traiter. Etre à l’écoute de son corps est primordial. Il est aussi indispensable de ne pas oublier que la douleur, quelle qu’elle soit, sera présente à un moment donné du voyage, si ce n’est pendant tout le voyage, raison pour laquelle il faut apprendre à vivre avec.  

·      Préparation mentale :

On a tous, pour une raison ou une autre, entendu cette petite voix qui nous pousse à renoncer, laisser tomber, abandonner. Plus la situation est compliquée, plus le moral est bas, plus l’émotion prend le dessus, cette conscience agit comme un chef d’orchestre sur le reste du métabolisme, qui à son tour baisse les bras. Plus de force, plus de courage, morosité générale, faiblesse morale.

Comment peut-on bien entraîner notre force morale ?

Je pense qu’il faut avant tout apprendre à se connaître : nos points forts et nos points faibles. L’expérience est indispensable pour tester sa résistance à l’effort. Chercher à aller là ou on ne peut plus, pour continuer encore et encore. Lors de l’entraînement, ne pas choisir toujours la facilité, s’imposer des règles et s'y tenir, gérer l’émotionnel. Seul dans des conditions précaires, une fatigue accumulée, de nombreuses douleurs, le désir d’être près des siens, provoquent de fortes émotions. Il est nécessaire de les accepter, de les vivre, mais elles ne doivent, en aucun cas, devenir déstabilisantes. Ces émotions sont une richesse extraordinaire, elles feront de nous des Êtres sensibles, pourvu de qualités et de valeurs permettant notre propre épanouissement. Repousser ses limites, toujours.